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Pas de solution à l’horizon
Al-Ahram Hebdo, December 08, 2009

«Conclure le Cycle de Doha en 2010 est devenu un défi, mais cela peut être en soi un moteur de travail sérieux de la part des pays membres de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) », c’est ainsi que Pascal Lamy a clôturé la septième Conférence ministérielle à Genève mercredi dernier. Personne ne s’attendait à plus.

Les représentants de 151 Etats membres se sont contentés d’élaborer un rapport résumant les travaux des trois jours de la conférence. Ce qui indique, comme le note Nicolas Bullard, de l’ONG Focus on The Global South, « la faillite de l’OMC et ses membres à présenter des solutions concrètes. Les participants n’ont fait que parler et discuter. Chacun dans sa direction. Rien de plus ne va être présenté. Et les pays en développement, en revanche, insistent sur le fait qu’annuler les subventions à l’agriculture, surtout le coton, est indispensable pour conclure Doha. Une divergence qui prévoit que le désaccord continuera », dit Bullard.

Avant la conférence, les regards étaient tournés certes sans grand espoir vers les Etats-Unis. Rien de nouveau n’est arrivé de ce côté-là. Même position, Washington n’a pas l’intention de céder d’un pouce. Le représentant du Commerce américain, Ron Kirk, a martelé au début et à la fin de la conférence. « Les Etats-Unis ont beaucoup concédé pour aider leurs partenaires, les pays en développement. Maintenant, c’est le tour aux autres membres de l’OMC de le faire. L’OMC ne se compose pas seulement des Etats-Unis ».

Il explique qu’en ce qui concerne les 4 pays pauvres lourdement dépendants du coton, les C4, à savoir le Bénin, le Tchad, le Mali et le Burkina-Faso, même si les Etats-Unis leur ouvrent leur marché, leur coton ne pourra pas s’imposer. Pour la simple raison, comme il le dit, qu’ils ne pourront pas faire face à la concurrence acharnée de la Chine, de l’Inde et des autres grandes puissances émergentes. « C’est ainsi que nous préférons leur présenter l’aide sous forme de dons financiers et d’assistance technique, ce qui leur permettra d’améliorer leurs compétences ». En ajoutant qu’au cours des 10 prochaines années, les grandes puissances émergentes contribueront à hauteur de 58 % de la croissance mondiale. « C’est ainsi que les pays africains et les C4 doivent nous aider à convaincre les puissances émergentes — l’Inde, la Chine et le Brésil — à ouvrir leur marché ».

Diviser et conquérir

« Le message de Kirk est un pot-de-vin voilé », juge Atul Kaushik, de Cuts, une organisation non gouvernementale internationale penchée sur les questions de développement. Comme s’il disait : « Vous (les pays africains et les C4), vous recevrez ce que vous voudrez, mais si vous nous aidez à convaincre l’autre clan des pays en voie de développement à ouvrir leur marché ».

Les Etats-Unis, se rendant compte de la force croissante des différends blocs, ont commencé donc à manipuler pour diviser. Ils essayent de les convaincre que leurs intérêts ne sont plus les mêmes.

Or cette fois-ci, les pays en développement ont eux réussi à trouver une plateforme commune sur laquelle baser des intérêts communs et par conséquent, leurs revendications demeurent elles aussi communes. On a vu le groupe des Cairns, groupe de pays exportateurs de produits agricoles qui se sont mobilisés en faveur de la libéralisation des échanges dans ce secteur, qui s’est réuni plusieurs fois avant et lors de la 7e ministérielle afin de définir leurs revendications.

Les pays africains eux-mêmes se sont réunis pour également unifier leur position et ont promulgué l’agenda du Caire, énumérant une liste de leurs droits essentiels.

Le bloc développé continuera cependant à jouer sur les différences d’intérêts au sein du groupe de Sud. Surtout entre les grands pays émergents, comme l’Inde, le Brésil et la Chine et le reste des pays. Or, ces tentatives de division n’ont pas porté de fruits jusqu’à présent. Car, comme le dit Hicham Badr, représentant égyptien permanent auprès de l’OMC et des Nations-Unis : « Le rapprochement entre un petit nombre de pays facilitera un rapprochement avenir plus large ».

En fait, 22 pays en développement ont pu signer un accord pour la réduction de 20 % des tarifs douaniers entre eux sur 80 % de leurs exportations. Un accord qui, selon la CNUCED, engendrera des gains de 8 milliards de L.E. pour ce groupe de pays. Cet accord était une réponse claire aux pays développés et surtout les Etats-Unis : les pays en développement demeureront un seul bloc.

Sur l’autre camp, le vendredi dernier, deux jours après la conférence, les pays des Caraïbes et l’océan Pacifique ont finalement, après 16 ans de face-à-face avec l’Union européenne, ont pu arracher la conclusion d’un accord y mettant fin. Les deux parties se sont mis d’accord pour réduire les tarifs payés sur les exportations des bananes. C’est ainsi que les agriculteurs des bananes obtiendront des indemnités de 4,031 milliards de dollars. Mais l’ampleur des dossiers sujets de divergences sur cette concession ne représente que quelques miettes pour les pays en voie de développement.

L’avenir du Cycle de Doha reste donc otage des différends, tant que le bras de fer entre le bloc développé et celui en développement persiste. Kaushik estime, pour sa part, que sans les Etats-Unis et l’Union européenne, rien ne pourra être conclu, car jusqu’à maintenant, ces deux forces contrôlent environ 70 % du commerce mondial.

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Last updated: May 16, 2012